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Cyberpunk de Asma MHALLA

Commentaires personnels sur le livre Cyberpunk

Lecteur, comme tu as pu le constater, le syndicat de la CNT de Bordeaux n’a jamais eu de page Facebook, de compte Twitter (x aujourd’hui), instagram, tiktok, google +, etc. Nous avons notre site internet que nous payons intégralement (hébergement et nom de domaine), et un compte mastodon ( dès 2017) nous servant à relayer nos textes. Nous tentons de conserver au maximum notre autonomie vis-à-vis des groupes capitalistes de la cybertech. Oui, nous avons eu des débats internes sur la possibilité d’ouvrir des comptes sur les marques citées précédemment, étant donné que plusieurs de nos adhérents les utilisent pour des raisons personnelles ou professionnelles. Cependant, le débat a été clos par le raisonnement d’une adhérente rappelant que nous sommes des syndicalistes, et que notre rôle est de convaincre nos collègues au boulot que nous pouvons faire du syndicalisme autrement. Nous ne sommes pas un groupe politique, nous n’avons pas besoin de faire de la propagande politique, de faire des punch-lines, d’agresser les travailleurs qui ne partagent pas nos convictions, de rallier les plus faibles…

Par ailleurs, l’auteur de cet article utilise régulièrement auprès de ses proches et collègues ce site https://theyseeyourphotos.com/ pour illustrer le niveau de renseignement des entreprises du net à partir de nos photos. Ceci pouvant expliquer son intérêt pour un livre comme celui de madame MHALLA. Cette longue introduction était nécessaire pour présenter notre position vis-à-vis des outils offerts par le capitalisme pour capter nos données.

L’autrice cite Albert CAMUS et William GIBSON tout au long de son ouvrage. Comme lecteur de ces deux auteurs, leur synergie est évidente, en alerte sur l’avènement d’un totalitarisme. Cet ouvrage permet d’illustrer leurs visions de manière contemporaine en s’appuyant sur notre actualité. Un système électoral encore plus manipulé par les plus riches – depuis la disparition des partis de masse bâtis autour d’un sauveur suprême – , une campagne électorale se chiffre en plusieurs millions d’euros ou de dollars, les récentes condamnations de Sarkozy et de Le Pen le rappellent. Aujourd’hui, la nouveauté est leur capacité à capter notre attention par les algorithmes dont ils sont les propriétaires. Il est probable que ce sont des travailleurs de haut-niveau qui les ont produits, évidemment sur ordre du propriétaire du capital. Malgré tout, dans leur propagande, ils s’affichent comme étant aussi les créateurs du code, sans avoir rédigé une seule ligne de code.

Ces algorithmes ou lignes de code permettent de passer à une manipulation de masse, leurs propriétaires les ont déjà expérimentés dans le cadre des révoltes arabes des années 2010. Ils ont mis en lien les personnes selon leurs volontés et en partie selon leur niveau de maîtrise des actions. Aujourd’hui, en tant qu’entreprises, ils veulent maintenir le système économique capitaliste, et au regard de son incapacité à redistribuer les richesses créées, ils ont décidé de mieux contrôler nos opinions politiques. Le livre analyse une partie des méthodes, en ayant le courage d’affirmer qu’elles sont mises en œuvre dans le dessein de servir une idéologie, sans être une erreur ou une maladresse de leur part.

L’autrice veille à briser la confusion entretenue par les technofascistes qui se sont souvent proclamés « libertariens ». Elle lance l’un de ses chapitres, ainsi : « Cet État sans État n’a rien d’une utopie anarchiste ; cet État minimal peut au contraire devenir l’Etat total ». Pour les néophytes, je précise que notre mouvance utilise le terme de libertaire pour se désigner. Nous pensons qu’une société est possible sans État. En revanche, contrairement aux « libertariens », nous sommes contre la propriété privée des moyens, et contre la concentration du pouvoir entre quelques mains.

J’ai aussi retenu son commentaire suivant : « Le pouvoir est centralisé entre les mains d’un exécutif fort, fonctionnant comme un PDG d’entreprise ou un monarque technocratique. Les décisions ne sont pas soumises à des processus démocratiques traditionnels mais fondées sur une optimisation technologique et économique, sous la supervision d’élites entrepreneuriales. L’État minimal n’est pas seulement autoritaire ou semi-privatisé, il est technologique ». Elle décrit en quelques phrases l’alliance entre Trump et Musk.

L’autrice se refuse à faire des prévisions. Cet exercice est bien délicat et sa réfèrence à William GIBSON suffit à nous indiquer qu’elle est consciente de la possibilité d’un avenir aboutissant à une alliance du technoscisme et du fascisme, et à ses conséquences. Personnellement, je me pose continuellement cette interrogation, aujourd’hui, nos dirigeants possèdent bien plus de technologies pour nous effacer : combien d’êtres humains auraient été supprimés à Auschwitz avec un simple PC ?

Pour conclure, je reprendrai les mots de l’autrice : « En creux, c’est moins une histoire de la puissance des titans qu’une histoire de nos impuissances. Nous ne sommes condamnés à rien que nous ayons désiré ».

Article personnel militant d’un syndicat validé en AG

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