Entre les 2 tours, la Justice de classe continue...

Voilà, ils ont voté. Les deux finalistes de la présidentielle sont en piste. Un point commun dans leur programme, c’est de dire qu’il n’y a pas assez de places en prison, que la justice est trop laxiste, que les personnes condamnées ne font pas la plupart du temps leur peine. Oh, ils ne parlent pas de leurs collègues politicards en disant ça : Le Pen devrait aller au zonzon pour ses détournements de pognon européen, Fillon pour ses détournements familiaux. Non, la justice du commun des mortels, c’est pas pour eux, ils sont au dessus de tout ça. Non, ils parlent des autres, de ceux qui ne vont ni manger à la Rotonde, ni se reposer au Touquet ou à Neuilly. Ils parlent de ceux qui ont des « fins de mois relativement quotidiens », de ceux qui ont du mal à survivre, ceux qui ont faim et qui font trop d’ombre à leurs désirs puants de riches, à leur vénalité écœurante et leur égoïsme sans borne. Ils rêvent de couper les mains des voleurs, de rouvrir les bagnes, de revenir au supplice de la roue. La justice est toujours trop clémente pour le populo, et toujours trop tatillonne pour eux, les puissants.

Par exemple, Macron et Le Pen, ils parlent de Plana quand ils parlent de justice laxiste, pas de Fillon. Plana est un congolais d’une trentaine d’année ; il est passé en comparution immédiate à Bordeaux lundi 24 avril. Il s’est fait chopé à Auchan pour avoir volé une brosse à dent électrique, un paquet de saucisse de Strasbourg et un autre de chausson aux pommes, un peu moins de 20 balles de préjudice pour la famille Mulliez. Comme il s’est précipité sur son larcin pour bouffer tout ce qu’il pouvait tant il avait faim, on a voulu lui coller en plus du vol une condamnation pour dégradation. Plana est en France depuis 5 ans, c’est le pays qu’il a choisi, il ne veut pas en dire plus sur lui, il invoque son intimité au tribunal.

A Bordeaux, notre procureure est humaine ; elle s’appelle Anne Kayanakis, retenez bien ce nom. Tellement humaine qu’elle a demandé trois mois de prison ferme contre Plana. Non mais, si les affamés se mettent à se servir dans les grandes surfaces, où va-t-on ? Trois mois de prison ferme pour 20 euros de préjudice fait à un milliardaire. Ecœurante d’humanité cette femme, Mme Anne Kayanakis, n’oubliez pas son nom.

Plana a en fin de compte été condamné à 15 jours de taule, avec mandat de dépôt à l’audience et est parti fissa en zonzon.

Faudrait peut-être leur dire aux finalistes des élections présidentielles que si les François, Marine et autres ne risquent rien de la justice, les pauvres, eux, se font embastiller parce qu’ils ont faim, pour 20 euros piqués à un milliardaire. Il faudra leur présenter Mme Kayanakis à ces Macron et Le Pen, qu’elle leur explique.
Mme Anne Kayanakis, procureure de la république à Bordeaux, en 2017. Surtout, n’oubliez pas ce nom.

Source : Sud Ouest du 25/04/2017, Mediapart 25/04/2017