La butte rouge 2016

Ce printemps, un orage dévastateur versa ses tonnes de grêlons sur des vignes dans le midi de la France, dévastant toutes les grappes en fleurs. Pour réparer cela, il existe un fonds de réserve d’assurance pour les catastrophes naturelles. Les propriétaires vignerons, un peu partout dans le pays ont organisé des vendanges de solidarité pour venir en aide à ces "pauvres" châtelains dont une petite partie de leur chiffre d’affaire a fondu comme grêle au soleil.
L’État mettra aussi la main à la poche (la nôtre bien entendu). Ils seront même exonérés de l’impôt. 

Pour ces bourgeois "gentilshommes" qui purent faire les vendanges, cette année sera malgré tout un bon millésime, mais pour celles et ceux, travailleurs-es saisonniers, qui coupèrent ces raisins 2016 ne sera pas une bonne année, mais peut-être qu’elle sera moins mauvaise que les années précédentes.
Peut-on un tant soit peu imaginer que ces travailleurs-es quitteraient leurs familles et domiciles, si les années précédentes avaient été moins mauvaises pour bosser loin de chez eux, souvent à l’étranger, complètement démunis, par la barrière de la langue et une législation du travail en déconfiture. Non, on ne peut imaginer cela ?
Ces châtelains s’entendent comme larrons en foire aussi pour exploiter les travailleurs saisonniers communautaires et autochtones lors de la cueillette des raisins.

Rappelons-nous, lors de notre balade dans le sud gironde (Combat syndicalise de novembre 2016), prés de Canéjan, aux pieds du château Carbonnieux, nous avons rencontré des vendangeurs-es qui se débattaient pour pouvoir toucher leurs salaires du mois de septembre, qu’ils et elles ne perçurent qu’à la mi-octobre, sous forme de virement bancaire sur un compte à leur domicile, donc pas moyen de disposer d’argent en espèce pour faire face aux dépenses immédiates et pour trouver un toit ou se laver, se reposer et déposer leurs affaires les jours sans travail. Le taulier ne les hébergeait pas les jours de repos. Ils et elles ont osé manifester devant la mairie de Canéjan, qui gentiment les renvoya vers une autre commune qui disposait d’un terrain pour garer voitures et toiles de tente. Et oui ! La loi El khomri entre temps est passée aussi dans le sud gironde ; Ils eurent par ailleurs, la visite de nos gendarmes les dissuadant de camper :"Quand même ! ça alors ? Qu’en 2016 des travailleurs-es dorment dans des toiles de tentes et dans des voitures, ça ne devrait plus exister », sempiternelle phrase que des gens bien « intentionné » disent encore.
Une de ces travailleurs-ses saisonnier lors d’une entrevue, nous expliqua pourquoi elle est venue faire les vendanges en France. La misère est -elle moins pénible ailleurs ? Elle a travaillé dans une boulangerie industrielle dans le centre de l’Espagne qui employait aussi une quinzaine de travailleurs marocains qui bossaient de 16 h. à 8h du matin, bien au-delà des heures légales, sans que les heures sup’ soient payées. Notre camarade, on peut l’appeler ainsi, qui embauchait à minuit jusqu’à 8 h du matin (heures habituelles) prit leur défense. Le lendemain, elle fut licenciée, sans solde.

Son "daron" (expression argotique du coin pour désigner son patron ) considérait cela comme une faute et elle a dû entreprendre une action en justice pour rupture abusive de contrat et tenter de récupérer son solde. Tiens ! tiens ! El Khomri aurait-elle passé ses vacances en Espagne ? Les tauliers espagnols ne valent pas mieux que leurs compères français.

Il me vient à l’esprit le refrain de la chanson la butte rouge : « Sur cette butte-là, il y pousse du raisin, celui qui boit de ce vin-là, boit le sang des copains » .
Si ce n’est que de la sueur et aussi des larmes qui coulèrent ces dernières semaines au château Carbonnieux de Canéjan, celui qui boira de ce vin-là, boira aussi la sueur et les larmes des copains vendangeurs.

Alors, passez votre chemin ! Ne vous arrêtez pas au château Carbonnieux ! Et, si le propriétaire du château vous fait un signe de la main pour déguster ce breuvage, faites-lui un bras d’honneur !

MAC .union locale de Bordeaux.